La Guaxa, figure légendaire des Asturies dans le nord de l’Espagne, est décrite comme une entité vampirique féminine qui rôde la nuit à la recherche de sa proie, préférentiellement le sang des enfants.
Souvent invisible ou aperçue seulement à la tombée du jour, la Guaxa est une vieille femme maigre et repoussante, couverte de verrues, dotée d’une unique dent aiguisée qu’elle utilise pour sucer le sang de ses victimes. Son modus operandi est singulier puisqu’elle ne tue pas instantanément, mais affaiblit lentement ses victimes, atrophiées au fil du temps — on dit en Asturies qu’elles ont « l’air d’avoir été avalées par la Guaxa ».
Cette créature nocturne se glisse furtivement dans les maisons par les fissures, les cheminées ou même les serrures, et durant la journée, elle se tapit dans des cavernes ou des troncs d’arbres creux. Associée aux chouettes — en particulier la curuxa, un hibou maléfique porteur de mauvais présages — elle partage des traits communs avec d’autres sorcières vampires régionales comme la Bruxa du nord du Portugal et la Guajona de Cantabrie, cette dernière étant une proche cousine légendaire dotée de caractéristiques similaires et parfois considérée comme une variante locale.
Des rites de protection contre la Guaxa font partie de la tradition locale. Parmi eux, le port d’un talisman appelé la cigua ou figa, représenté par un poing fermé taillé dans une pierre noire appelée chiastolite ou jet noir, est destiné à repousser le mauvais œil et empêcher les attaques de la sorcière. Autre coutume, offrir à un enfant un sac contenant dix grammes de riz attaché par un fil noir noué neuf fois, suspendu autour du cou.
En cas d’attaque supposée, une préparation complexe à base d’alicorn (la corne d’une licorne mythique), macérée avec des fragments de bois de cerf et d’argent, était administrée pour contrer les effets de la Guaxa.
Bien que la Guaxa soit citée dans des textes depuis la fin du XIXe siècle, notamment ceux de Jove et Bravo, elle semble être une incarnation d’antiques croyances pré-chrétiennes mêlées aux peurs plus modernes autour de sorcières et vampires européens. Son nom vient d’une onomatopée asturienne imitant le cri de la chouette, renforçant son image reliée aux oiseaux nocturnes. Cette légende s’inscrit dans un riche folklore qui relie la région aux mythes européens de la Lamia grecque et d’autres figures vampiriques qui dévorent le sang ou la vie des humains.
Au croisement des peurs ancestrales, des croyances occultes locales, et de l’histoire des accusations de sorcellerie (comme celle contre Teresa Prieta au XVe siècle), la Guaxa demeure un spectre fascinant, emblématique des mystères et superstitions qui hantent encore la nuit asturienne.