Le 33 Xiaoshihu Hutong figure parmi les quatre maisons les plus célèbres réputées hantées à Pékin. Cette demeure, liée à la période trouble de la dynastie Qing, était autrefois habitée par Cao Xueqin (1710-1765), l’écrivain et poète à l’origine du classique majeur Dream of the Red Chamber (Le Rêve dans le pavillon rouge).
Décrit comme un récit épique retraçant la montée et la chute d’une famille noble tout en explorant les relations sociales du XVIIIe siècle chinois, ce roman fait partie des plus grands classiques littéraires chinois, au même titre que Romance des Trois Royaumes ou Voyage en Occident.
Après le déclin de sa famille dû à des purges impériales, Cao Xueqin s’est installé dans cette maison, alors numérotée 7 puis 8 avant d’être renommée 33 dans les années 1960. C’est là qu’il travailla pendant plus de dix ans à la rédaction et réécriture de son œuvre emblématique.
Le site, aujourd’hui un studio de photographie de mariage, fait l’objet de nombreuses rumeurs locales. On rapporte ainsi, la nuit, l’étrange résonance de sons d’instruments traditionnels et la voix d’une femme récitant des poèmes.
Cette figure féminine mystérieuse demeure inconnue : serait-elle liée à une amante que Cao Xueqin aurait perdue à cause d’influences impériales, ou à une personnalité antérieure comme la princesse Kangxi Jianning, dont la famille fut décimée et qui aurait laissé une malédiction ?
Dans la cour de la maison se trouve un vieux jujubier, âgé de plus de 600 ans, témoin silencieux des drames passés et peut-être dépositaire de ces présences invisibles.
La mort tragique de Cao Xueqin, survenue dans ce lieu après une longue période de souffrance liée à la perte de son fils et à la pauvreté, alimente également les légendes sur ces manifestations spectrales.
Selon un certain Ji Xiaolan qui connaîtrait bien la maison, celle-ci est chargée d’étrangetés liées à son âge et à son passé, mais ne serait pas fondamentalement dangereuse pour les vivants.
Le 33 Xiaoshihu Hutong reste ainsi un lieu fascinant où l’histoire, la littérature et le mystère se mêlent dans un poème nocturne sans fin.