Au Royaume-Uni, la diffusion d’histoires de fantômes à la télévision est une tradition bien ancrée, particulièrement en période festive. Historiquement, A Ghost Story for Christmas et des œuvres célèbres comme The Stone Tape (1972) et A Christmas Carol de Charles Dickens sont associées à Noël. Cependant, depuis quelques décennies, Halloween s’impose également comme un moment privilégié pour ce type de programmes, marqué par une atmosphère où la frontière entre vivants et morts se fait plus ténue.
Plusieurs émissions britanniques jouent sur cette ambivalence entre réel et fiction, intégrant la télévision comme un médium au cœur de la narration. Ghostwatch (1992), diffusé en direct la nuit d’Halloween, met ainsi en scène une enquête paranormale fictive dans un quartier londonien, mêlant animateurs célèbres et événements surnaturels jusqu’à créer une ambiance de séance spirite aux conséquences dramatiques. Cette émission est emblématique du « Télévisuel Gothique », un genre qui explore l’horreur liée au médium télévisuel lui-même.
Ghostwatch a précédé l’essor ultérieur des émissions d’investigation paranormale comme Most Haunted (première diffusion en 2002), qui attire régulièrement de grosses audiences, notamment à Halloween. Cependant, cette émission a aussi été la source de controverses, notamment lorsque le médium Derek Acorah a été accusé de faux contacts avec des esprits inventés. Ce contexte soulève des questions éthiques sur la représentation et l’exploitation des phénomènes paranormaux, ainsi que des histoires de souffrances réelles.
Le duo Reece Shearsmith et Steve Pemberton, connu pour leur série The League of Gentlemen, a lui aussi exploré ces thématiques dans Psychoville (2010) et Inside No. 9 (notamment l’épisode Dead Line, 2018). Psychoville propose une satire d’une émission de chasse aux fantômes, en déconstruisant les récits pour révéler les vérités souvent tragiques derrière les « histoires » inventées, tout en critiquant l’exploitation des traumatismes pour le spectacle. Inside No. 9 pousse plus loin ce questionnement, en mêlant direct et interruptions surnaturelles, soulignant les limites morales du divertissement autour de la mort et du paranormal.
Cette tradition britannique met ainsi en lumière un rapport complexe à la peur, mêlant folklore, psychologie et médias, tout en invitant le spectateur à réfléchir sur ce qu’il choisit de regarder et les vérités derrière la fiction. L’horreur télévisuelle d’Halloween devient un miroir des peurs sociétales et des enjeux médiatiques contemporains, où la fascination pour l’invisible côtoie la responsabilité éthique.