Halifax porte les marques d’une histoire lourde de souffrances et de tragédies, notamment à travers le passé sombre de ses hospices pour les pauvres et des nécropoles oubliées qui les entourent.
Créé en 1758, le premier hospice pour pauvres, appelé aussi Poor Asylum, s’est établi sur Spring Garden Road. Conçu à l’origine pour accueillir les démunis, il souffrait rapidement de conditions déplorables : surpeuplement, épidémies de variole notamment en 1827, maltraitances, et un système cruel où les pensionnaires, souvent âgées, infirmes ou atteintes de troubles mentaux, étaient forcés de travailler durement pour subvenir aux besoins de la maison.
En 1867, une nouvelle structure, plus grande et en forme de croix latine, fut construite au coin des rues Robie et South.
Mais le 6 novembre 1882, un incendie d’une ampleur dévastatrice ravagea l’établissement dans la nuit, prenant au piège près de 31 victimes, majoritairement des personnes vulnérables endormies dans leurs lits. Malgré l’intervention rapide des pompiers, le bâtiment fut largement détruit et les pertes humaines furent accablantes, marquant le plus grand tragédie de ce type dans l’histoire de la ville.
Les suites de ce désastre permirent cependant une prise de conscience : une enquête révéla des conditions indignes et un manque criant de sécurité. Ces révélations provoquèrent des réformes majeures dans le traitement des patients et la création de nouvelles institutions plus humaines, tandis qu’un nouveau bâtiment fut érigé sur le même site en 1886.
Au fil du temps, le quartier autour de l’ancien hospice fut transformé. Là où s’étendaient jadis les sépultures des pensionnaires et autres déshérités, notamment à l’Old Burying Ground, un cimetière fermé en 1844, désormais se trouvent des lieux publics comme le parc Grafton et la bibliothèque commémorative de Halifax, érigée en mémoire des soldats de deux guerres mondiales et de la guerre de Corée.
Cependant, ces espaces dissimulent un passé macabre : plusieurs milliers de corps reposent sous ces sols, souvent anonymes et sans pierre tombale visible. En 1913 comme lors de travaux récents, des ossements ont été mis au jour, témoignant du nombre impressionnant d’âmes oubliées recouvertes par le développement urbain.
La bibliothèque commémorative, fermée en 2014 et classée site historique, est d’ailleurs le théâtre de phénomènes étranges rapportés par les visiteurs, renforçant la réputation de ces lieux comme derniers refuges d’esprits tourmentés.
L’ancien palais de justice voisin et les lieux saints disparus ou transformés composent avec ces vestiges un paysage chargé d’histoire et de mystère, où les traces matérielles cohabitent avec un passé humain douloureux et souvent méconnu des habitants.
Cette partie de Halifax, empreinte d’une nécropole oubliée, invite à la réflexion sur la mémoire collective, le respect dû aux défunts, et la nécessité de reconnaître ces pages sombres de l’histoire pour honorer la dignité des plus démunis.