À l’automne 1711, le quotidien paisible de la ferme Erstad, à Alversund sur la côte ouest de la Norvège, est troublé par d’étranges phénomènes. D’abord de simples coups frappés dans les murs et des bruits inexpliqués près de la cheminée, ces manifestations prennent rapidement des proportions inquiétantes : objets renversés, tables volantes, chaos domestique.
Siri et Anders Erstad, effrayés, fuient la maison pour se réfugier chez des voisins, mais l’entité semble les suivre et répond même à leurs questions, affirmant être un utburd.
Dans le folklore norvégien, cet esprit est celui d’un enfant né mort ou tué à la naissance, privé d’enterrement religieux et condamné à errer sans repos tant que justice n’est pas rendue. Le fantôme déclare être la fille de Ole Knudsen Øvre Tveiten et Sygni Monsdatter Vatne, accusant cette dernière d’avoir étranglé l’enfant dans la grange, puis caché le corps dans un garde-manger.
Confrontée, Sygni, alors domestique, avoue sous la pression, surtout après que d’intensifs phénomènes paranormaux semblent entourer son interrogatoire, allant jusqu’à des objets projetés et une agression physique prétendue du fantôme. Anders et Baste Erstad creusent dans la remise et annoncent avoir trouvé des ossements, qu’ils font inhumer dans le cimetière d’Alversund.
Cependant, la menace ne cesse pas. L’exhumation ordonnée révèle que les os ne sont pas humains mais animaux, jetant le doute sur la véracité des événements.
Le curé Erich Møinichen intervient personnellement et soumet l’esprit à une série de questions théologiques. L’entité se révèle incapable de répondre correctement, suggérant une supercherie plutôt qu’un véritable phénomène spectral.
L’attention se tourne vers Steffen Pedersen Rydland, un jeune serviteur, qui finit par avouer avoir fabriqué le « spectre » à la demande de Sygni, laquelle souhaitait ainsi se venger d’Anders Erstad qui la refusait. Chaque manifestation étrange était donc orchestrée, motivée par la promesse d’une paire de chaussettes.
Le procès éclate en 1713 devant la cour de Bruknapp. Sygni nie avoir tué un enfant mais confirme une relation passée avec Ole Øvre Tveiten, et révèle une interdiction sociale grave : elle a eu un enfant avec le fils de cet homme, rendant sa liaison incestueuse avec Ole lui-même, un crime capital à l’époque. Malgré l’absence de preuves matérielles, elle est condamnée au travail forcé dans les communautés de pêcheurs du nord de la Norvège.
Ole Øvre Tveiten est envoyé aux mines de cuivre d’Årdal. Anders et Baste Erstad sont punis pour avoir enterré des os non identifiés en terre consacrée. Quant à Steffen, il échappe à une peine sévère, puni seulement par des coups.
Le cas de l’utburd d’Erstad illustre comment une croyance profonde dans les fantômes pouvait bouleverser la vie de plusieurs personnes, mêlant peur, superstition, et conflits humains, jusqu’à influencer la justice et les destins.