À environ 100 kilomètres de Londres, la ville de Bedford dans le Bedfordshire est surtout connue pour avoir été le berceau de l’auteur religieux John Bunyan. Mais elle abrite également l’histoire singulière de la Panacea Society, un mouvement millénariste fondé en 1919 par Mabel Barltrop, alias Octavia, qui se déclara « Fille de Dieu ».
Cette société secrète s’inspirait des prophéties de Joanna Southcott (1750-1814), une mystique originaire du Devon, qui avait annoncé l’arrivée d’un messie et enfermé ses prédictions dans une boîte scellée censée être ouverte lors d’une apocalypse imminente. Les Panaceans situèrent le Jardin d’Éden originel dans un périmètre de trois miles autour de leur église à Bedford, et croyaient à la conquête du péché personnel pour atteindre l’immortalité.
Paradoxalement, face à la mort de certains membres, ils envisagèrent que ces derniers rejoindraient sur Uranus une race d’êtres immortels avant le retour de Jésus-Christ. Octavia, veuve d’un vicaire, rassembla une communauté d’une soixantaine de personnes, principalement des femmes de classe moyenne. Cette dernière imposait un strict régime disciplinaire, incluant la chasteté et une obéissance rigoureuse sous peine de sanctions verbales, voire de chantage.
Le culte était également connu pour sa pratique d’un « eau A » et « eau B », constituées de morceaux de lin expiatoire que les fidèles devaient inhaler, puis dissoudre dans l’eau pour se soigner. Cette méthode atteignit jusqu’à 120 000 « patients » à travers le monde. Le groupe revendiquait un activisme visible : affiches invitant les évêques à ouvrir la boîte de Southcott, ainsi que la mise à disposition d’une maison nommée « The Ark » destinée à accueillir Jésus à son retour.
Octavia dépérissait mais elle se refusait à quitter son quartier général, craignant que le diable ne l’attaque si elle parcourait plus de 77 pas. Elle mourut en 1934, entraînant un déclin progressif de la société jusqu’à la disparition de son dernier membre en 2012. La société détiendrait des actifs financiers importants, qui lui ont permis aussi de soutenir des projets universitaires liés à l’étude des prophéties.
Un aspect fascinant est l’hybridation des croyances : bien que le mouvement soit ostensiblement chrétien, des influences telles que la mythologie nordique — notamment l’arbre sacré Yggdrasil — y étaient incorporées. En 2023, cet arbre symbolique se serait effondré dans les jardins du musée Panacea de Bedford, qui conserve également une réplique de la fameuse boîte encore close de Southcott.
Enfin, la société entretient une image contrastée entre le raffinement bourgeois de ses membres et leur foi radicale, ainsi que la personnalité de leur leader souvent décrite comme bossy, snob et paranoïaque, opposée au féminisme tout en étant dirigée par une femme messianique. La Panacea Society reste un exemple singulier de l’émergence de cultes millénaristes féminins au début du XXe siècle, mêlant mysticisme, isolement social et activisme religieux.