La Banshee, l’une des figures les plus emblématiques et inquiétantes du folklore irlandais, est connue comme un présage funeste annonçant la mort imminente. Son cri lamentable, appelé caoineadh ou keening, s’élève dans la nuit telle une mélodie plaintive qui a hanté les familles irlandaises depuis des siècles.
Originaire des légendes irlandaises, la Banshee est étroitement liée aux êtres féeriques et à l’Autre Monde. Elle est souvent décrite comme une femme spectrale, la bean sídhe (femme du sídhe), un terme désignant autant les collines recouvertes d’herbe (les tumulus) où ces créatures sont censées résider, que leurs demeures surnaturelles. Physiquement, elle apparaît la plupart du temps sous les traits d’une femme aux longs cheveux flottants, pouvant être argentés, roux flamboyants ou noirs jais, vêtue d’un manteau gris ou blanc sur une robe verte, avec des yeux rougis par des pleurs incessants. Certaines traditions rapportent qu’elle se peigne avec un peigne en argent, ce qui symboliserait son lien avec le monde des esprits.
La Banshee peut revêtir différentes apparences : jeune et belle ou vieille et ridée, dame noble ou simple femme lavant des vêtements tachés de sang, cette dernière forme correspond à la bean-nighe (femme lavandière), une personnification de la Banshee plus répandue en Écosse. Son image évoque parfois la triple déesse celtique de la guerre et de la mort – Badhbh, Macha et Mor-Ríoghain – reflétant une dimension divine et mythologique profonde.
Le cri de la Banshee est un élément central de sa légende : il débute doucement, tel le bruissement du vent, puis monte en un hurlement perçant capable de briser le silence nocturne. Selon la région d’Irlande, ce cri varie ; il peut ressembler à un chant mélodieux dans le Kerry, à un cri strident comparable au hululement d’un hibou sur l’île de Rathlin, ou encore être si aigu qu’il peut briser du verre dans le Leinster.
Ce cri funèbre, loin d’être aléatoire, serait personnel et réservé aux proches d’une personne sur le point de mourir. Traditionnellement, la Banshee suit les familles nobles irlandaises, surtout celles issues de la « haute race Milesienne », réputée être les descendants mythiques des Gaëls venus d’Iberie. Elles avaient parfois leur propre Banshee, comme celle de la famille Ua Briain, nommée Aibell ou Aoibheall, qui dirigeait un cortège de 25 banshees, ou celle de la famille O’Donnel qui résidait sur un rocher face à la mer.
Bien que redoutée, la Banshee n’est pas une entité malveillante ; elle n’apporte pas la mort mais l’annonce, exprimant une profonde compassion et un devoir de deuil. Certaines histoires plus récentes la décrivent accompagnant le cocher des morts ou le cavalier sans tête, des figures effrayantes venues collecter les âmes, tandis que d’autres racontent qu’elle pourrait être le fantôme d’une femme assassinée ou morte en couches.
En résumé, la Banshee demeure une voix du passé, un écho de tristesse et de fatalité dans le royaume mystique de l’Irlande, mêlant divinité ancienne, esprit familial et gardienne funeste.