Au cœur de Munich, une ancienne légende met en scène un lindworm, un dragon mythique souvent décrit comme une créature serpentine ou draconique sans ailes, qui aurait apporté la peste noire à la ville au XIVe siècle. Cette bête aurait surgi des profondeurs de la terre sur la place du marché, répandant la maladie par son souffle toxique, selon les reliefs sculptés dans la Wurmeck Tower du Nouvel Hôtel de Ville de Munich, achevée en 1906.
La peste noire frappa particulièrement durement Munich en 1349, décimant près de la moitié de sa population. Certains récits rapportent que la ville fut frappée jusqu’à 25 fois entre le milieu du XIVe siècle et la fin du XVIIe siècle. L’ombre de la maladie inspira de nombreuses légendes et symboles, comme celle du basilic incarnant l’épidémie mortelle, visible sur la colonne de Marie en Marienplatz, érigée en 1638.
Une autre version du mythe narre que c’est en 1463 qu’un lindworm doté d’une monture de peste s’installa près de la porte Schwabing, semant la terreur jusqu’à ce que le duc Christoph de Bavière intervienne pour terrasser la créature.
Au lendemain des ravages de la peste, la population demeurait terrifiée et hésitante à sortir. Les tonneliers, artisans travaillant à l’extérieur dans des conditions particulières et exposés aux huiles essentielles de la poix, étaient mieux protégés. Ceux-ci, menés par un certain « maître Martin » selon la tradition, initièrent la Schäffler Tanz, une danse rituelle destinée à inciter les citoyens à reprendre leurs activités et à marcher à nouveau dans les rues.
Cette danse de guilde, documentée dès 1702 à Munich, est généralement exécutée tous les sept ans, symbolisant la lutte contre la peur et la peste. À l’origine, seuls les compagnons tonneliers célibataires au comportement irréprochable pouvaient y participer, vêtus de costumes traditionnels ornés de plumes et de tabliers en cuir, accompagnés de meneurs de danse, de tambours, de bouffons et d’agitateurs de cerceaux.
Sur la Wurmeck Tower, les reliefs illustrent cette confrontation épique : le lindworm s’élève tandis qu’un citoyen est terrassé par son souffle, et face à lui, des mercenaires et habitants chargent une pièce d’artillerie pour abattre la bête. Cette volonté collective de vaincre la peste a ainsi donné naissance à un folklore riche et un rituel qui perdure depuis plus de cinq siècles.
Enfin, des vestiges tels que les croix de peste disséminées dans certains quartiers de Munich témoignent physiquement de ces terribles épidémies, marquant les maisons où les habitants succombèrent à la maladie.
Ces récits situent Munich au croisement d’histoire, de mythologie et de tradition, où danse et symboles s’entrelacent pour défier la peur et célébrer la survie.