Au cœur des montagnes Knockmealdown, dans le comté de Tipperary, se trouve Bay Lough, un lac mystérieux que peu de locaux osent traverser après la tombée de la nuit. Selon une ancienne légende irlandaise, le lac serait le domaine d’un esprit tourmenté, celui de Petticoat Loose, une femme redoutable dont le nom et l’histoire se transmettent de génération en génération.
Une femme hors norme
Connue sous le nom de Petticoat Loose à cause d’une mésaventure lors d’une danse dans un pub à Dungarvan, cette femme, vraisemblablement nommée Mary ou Brigid, se distingua par une force exceptionnelle et un tempérament farouche. Grande d’environ six pieds, elle accomplissait des exploits inattendus comme tuer un taureau d’un seul coup de poing ou même neutraliser un ouvrier avec sa propre pelle.
Elle était à la fois une figure sauvage et impressionnante : dansante infatigable, grande buveuse, elle imposait la peur au point que témoins et habitants évitaient d’en parler. Mariée pendant un temps à un institutrice ambulant, son mari disparut mystérieusement durant qu’elle trayait ses vaches, et elle refusa tout approfondissement sur cette affaire.
Un destin tragique et une hantise
La fin de Petticoat Loose survint dans ce même pub, lors d’un défi de boisson où elle s’effondra, bière à la main. Craignant sa sévérité même au-delà de la mort, les hommes du village l’enterrèrent sans rite religieux, en terre non consacrée à un carrefour.
Sept ans après son décès, son fantôme fit son apparition : grande, flottante, vêtue à l’ancienne, ses yeux creux et son regard glacial figèrent les voyageurs. Elle hantait routes, croisements, pubs et salles de danse dans plusieurs comtés, offrant même des trajets aux passants pour mieux les effrayer.
Dans certains récits, elle prit une forme hybride, mi-femme mi-cheval. Elle défiat les hommes en danse et imposait une peur glaciale – sauf aux hommes nommés John, qu’elle sembla épargner.
Confrontation et légendes locales
Le point final de l’histoire se déroule à Clogheen, où un prêtre de la paroisse, le père Shanahan, vint affronter l’esprit dans sa cachette, une grotte près de Bay Lough. Elle lui avoua plusieurs transgressions, dont le meurtre d’un enfant non baptisé. Un homme nommé John la poignarda avec un couteau noir, mais elle tomba finalement morte aux pieds du cheval.
Une autre version évoque un exorcisme où le prêtre l’enferma avec de l’eau bénite et son étole, tandis qu’elle menaçait de déchaîner sa colère sur les gens et les bateaux. Sa punition fut de demeurer enfermée dans les profondeurs du lac, parfois décrit comme sans fond, un site où saint Patrick aurait emprisonné des monstres.
Selon les variantes, Petticoat Loose est condamnée à des tâches impossibles telles que vider le lac avec un dé à coudre ou tresser des cordes de sable sous l’eau. Certains racontent qu’elle navigua sept ans en mer avant de retourner à Bay Lough, où elle reste prisonnière.
Les habitants du coin évitent de nager au centre du lac, et certains affirment avoir entendu son murmure interrogeant : « Quand viendra le jour du jugement ? »
Un héritage et une mise en garde
Jusqu’à récemment, le nom de Petticoat Loose servait d’avertissement aux enfants du sud de l’Irlande : « Comporte-toi bien ou Petticoat Loose viendra te chercher. » Elle symbolise ainsi à la fois un monstre terrifiant et une force féminine brute à une époque où l’obéissance et la discrétion étaient attendues des femmes.
Aujourd’hui encore, la légende est vivace autour de Bay Lough et dans les vallées des Knockmealdowns. Le lac conserve une atmosphère étrange, une eau noire et obscure, semblant guetter les passants, surtout ceux qui circulent la nuit sur la route sinueuse du Vee.
Si jamais une silhouette grande et vêtue d’anciens habits vous offre un tour, mieux vaut poliment décliner et continuer votre chemin.