Le Kong Koi, aussi appelé Phi Kong Koi (ผีกองกอย), est une entité mystérieuse issue du folklore des régions montagneuses et forestières de Thaïlande, ainsi que du Laos et de la Malaisie. Surnommé le «démon unijambiste», ce spectre est connu pour hanter les zones sauvages, souvent la nuit, et serait attiré par le sang des voyageurs égarés dans la jungle.
Selon les récits, le Kong Koi se caractérise par sa manière distincte de se déplacer sur une jambe, accompagnée d’un cri répétitif « koi, koi, koi » émis depuis sa bouche évoquant soit un bec soit un bruit d’insecte. Les descriptions varient selon les narrations : certains le décrivent comme une vieille femme sauteuse, d’autres un singe ou un langur – un singe à longue queue – qui ne peut grimper aux arbres et qui chasse les humains dans son territoire.
Aspect vampirique : Le Kong Koi est souvent présenté comme un esprit vampire aspirant le sang des voyageurs endormis dans la jungle. Il est conseillé de garder les pieds couverts ou croisés lors du repos pour se protéger. Le groupe Karen du Myanmar décrit aussi ce fantôme comme une créature petite, agile, dotée de dents acérées pour se nourrir de sang humain.
Certaines légendes lao incluent des récits plus variés, où le Kong Koi vole de la nourriture comme des poissons dans des pièges et peut même épouser des humains, volontairement ou non. Chez les Tai Dam, on parle d’une petite femme aux cheveux longs, aux pieds tournés à l’envers et aux cheveux roux, avec un langage composé d’énigmes et d’antinomies. Elle vivrait dans des grottes ou des arbres creux et défendrait son territoire en punissant sévèrement ceux qui lui voleraient des poissons ou des objets.
Le territoire hanté par cette entité s’étend notamment à la forêt ancienne de Dong Phaya Fai, réputée pour ses nombreux décès dus à la difficile traversée et aux animaux sauvages, mais aussi aux forces occultes. Cette jungle, autrefois presque infranchissable, devint accessible grâce au chemin de fer au 19e siècle.
Une rencontre célèbre raconte que le moine bouddhiste Luang Pu Waen Suciṇṇo, pratiquant dans les forêts de Thaïlande et du Laos, aurait affronté des Kong Koi armés de petites arbalètes, décrits comme des adolescents à la peau sombre et au nez rond. Ils auraient finalement cessé le combat au lever du jour et invité les moines dans leur demeure spirituelle. Cette histoire a alimenté l’hypothèse que ces fantômes pourraient en réalité être des groupes ethniques isolés, notamment le supposé peuple Kha Ra Dae, parfois lié à la notion de cannibalisme, bien que non confirmé.
Le nom Koi Koi pourrait aussi faire référence à un groupe ethnique aux cheveux crépus et à la peau noire, les Sakai ou Orang Asli, habitants traditionnels de la péninsule malaise. Cette ambivalence entre esprit et peuple autochtone reflète les tensions historiques et les peurs liées aux lieux sauvages.
Des vestiges modernes de la légende : En 2016, des empreintes mystérieuses à trois doigts ont été photographiées dans une grotte reculée de la province de Loei, suscitant un vif intérêt et diverses interprétations. De même, en 2024 dans la province de Surin, un couple témoigna avoir été dérangé par des bruits étranges accompagnés d’empreintes humaines singulières à six doigts sur le sol, prétendument laissées par le Phi Kong Koi.
Les experts restent sceptiques, proposant des explications plus rationnelles telles que des traces agrandies par de la poudre ou le hasard d’animaux locaux, sans exclure que ces histoires nourrissent le mystère et la peur du monde sauvage.
Qu’elle soit esprit ou reflet d’un peuple oublié, la légende du Kong Koi persiste, alimentant l’imaginaire dans les ténèbres épaisses des jungles d’Asie du Sud-Est.