Les colonnes situées sur la Place Saint-Marc à Venise, connues localement sous le nom de Colonna di San Todaro, attirent chaque année de nombreux visiteurs par leur beauté et leur emplacement emblématique entre le Palais des Doges et le célèbre campanile.
Cependant, derrière leur apparence majestueuse se cache une histoire sombre. Ces deux colonnes, vestiges d’un temps ancien, proviennent de Constantinople et ont été transportées à Venise au XIIe siècle, suite au sac de la ville par les Vénitiens. Initialement, trois colonnes avaient été déplacées, mais la troisième a mystérieusement disparu en mer lors du voyage. Malgré les efforts d’un maître-chercheur engagé durant près de vingt ans, elle reste introuvable, engloutie dans la lagune vénitienne.
Les deux colonnes restantes furent installées sur la place par Niccolò Barattieri. En récompense, une autorisation spéciale lui permit d’établir sur ce site le seul lieu où les jeux de hasard étaient tolérés dans la ville, bien que ceux-ci fussent par ailleurs interdits. Par la suite, cet emplacement prit un rôle beaucoup plus sinistre: il servait de lieu d’exécution publique. Entre ces deux colonnes, les condamnés — voleurs, ennemis de la République, meurtriers et hérétiques — étaient exposés pour être exécutés sous les yeux de la population.
De cette période funeste découle la réputation de ces colonnes comme étant maudites. La croyance populaire veut que quiconque oserait passer entre elles attirerait sur lui une malédiction, recevant ainsi la même funeste destinée que les condamnés d’antan.
Ainsi, au-delà de leur valeur esthétique et historique, ces colonnes restent un témoin muet d’une époque marquée par la guerre, la justice sévère et les superstitions, invitant à la prudence les visiteurs qui s’aventureraient à franchir l’espace qui les sépare.